Thèse 204 · chapitre VIII, La négation et la consommation dans la culture
Thèse 204 de La Société du spectacle
« Il n’est pas un « degré zéro de l’écriture » mais son renversement. Il n’est pas une négation du style, mais le style de la négation. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 204. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
La théorie critique doit se communiquer dans son propre langage : c'est le langage de la contradiction, qui doit être dialectique dans sa forme comme il l'est dans son contenu. Il est critique de la totalité et critique historique ; il n'est pas un « degré zéro de l'écriture » mais son renversement. Il n'est pas une négation du style, mais le style de la négation. Autrement dit : la manière dont le livre est écrit — ces phrases retournées, ces formules en chiasme, ces plagiats de Hegel et de Marx — n'est pas un ornement mais la forme que doit prendre une pensée qui refuse le monde tel qu'il est.
II D'où elle vient
« Le degré zéro de l'écriture » est le titre du premier livre de Roland Barthes (1953), qui décrivait une écriture blanche, neutre, délivrée du style ; Debord retourne la formule : la critique n'a pas à être neutre, elle a un style, et ce style est la négation elle-même. La thèse règle aussi son compte au structuralisme, que les thèses 201 et 202 avaient attaqué comme pensée du présent immobile.
III Ce qu'elle ouvre
Les thèses 205 à 209 exposent la méthode : le détournement comme langage fluide de l'anti-idéologie (206, 208), le plagiat de Lautréamont (207). La thèse 9 en avait donné le premier exemple — le vrai est un moment du faux.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier langage, avec 34 autres.
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